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Hygiène au dojo

L’étiquette est un ensemble de règles de politesse, de bienséance destinées à préserver les relations en société.  Dans l’Aïkido, j’ai longtemps pensé qu’il s’agissait de rituels comme le salut en rentrant dans le Dojo ou la manière de positionner ses zoris en montant sur le tapis.

Avec les années de pratique j’ai découvert qu’il y a d’autres aspects et je voudrais vous parler aujourd’hui de l’hygiène corporelle.

  • Les mains : elles doivent être lavées, les ongles coupés et nettoyés. La coupe des ongles est primordiale pour deux raisons. D’abord cela évite de ses blesser lors des saisies dans le kimino et plus particulièrement sur katadori et ushiro ryo katadori. Egalement cela évite les griffures de aïte. Personnellement je me suis fait déchirer la cornée d’un œil pendant un entrainement et j’ai fini à l’hôpital.

Si mon souvenir est exacte, Toshiro me racontais un jour que lorsqu’il était plus jeune les entrainements étaient beaucoup plus martiaux qu’aujourd’hui et en particulier au japon. Il ne pouvait pas avoir plus d’un ou deux millimètres d’ongles sous peine de blessures régulières avec des ongles et des morceaux de peau arrachés.

  • Les pieds : qu’ils soient enfermés dans des chaussures et des chaussettes ou dans des savates, les pieds sont souvent sales lorsque nous arrivons au DOJO. Il est important de les laver avant de monter sur le tapis.

De plus les ongles doivent être bien taillés et ce pour les mêmes raisons que celles des mains, d’autant plus que les ongles des pieds sont beaucoup plus durs que ceux des mains.

  • Les cheveux : ils doivent être propres et attachés lorsqu’ils sont longs. Cela la évite la transmission des parasites, permet une bonne vision et évite le tirage de cheveux. C’est toujours gênant lorsque l’on ne pas faire une immobilisation au sol naturelle pour éviter de poser le genou sur les cheveux de aïte. De plus pour ma part il est toujours très tentant de terminer un iriminage par la tenue des cheveux. Oui j’ai un petit coté sadique !
  • Les odeurs : nous avons déjà passé en revue l’hygiène des pieds, mais je n’ai pas abordé la problématique de l’odeur. Hier je suis allé chercher ma fille à la boxe. Lorsque je suis rentré dans la salle, l’odeur était tellement forte que ça piquait les narines.

Bien sûr les autres odeurs corporelles peuvent être très désagréables et tout particulièrement celles provenant des aisselles et de la bouche. Quand j’étais tout jeune, je pratiquais avec des adultes qui devaient beaucoup aimer le saucisson à l’ail. Je vous laisse imaginer la gêne pour moi !

Il est donc important pour le confort de vos partenaires de prendre soin de sentir bon. Bien sûr nous ne sommes pas là pour séduire, il ne s’agit pas de se parfumer, d’autant qu’à l’entrainement cela peut être désagréable. Il suffit de se nettoyer les zones sensibles avant la pratique.

Pour ma part, j’ai dans mon sac un paquet de lingettes qui me permet de me rafraîchir quand je me change. Croyez-moi c’est très agréable après une grosse journée de travail.

La propreté de la tenue est elle aussi primordiale.

La tenue absorbant la transpiration, elle doit être lavée régulièrement. Bien sûr nous ne transpirons pas tous autant. Certains pratiquent dans des zones géographiques ou la chaleur ambiante fait transpirer rien que de cligner des paupières. Certains font 10 mouvements pendant que d’autres en font deux. Enfin la nature n’étant pas égale avec les Hommes, nous n’avons pas tous le même taux de sudation pour le même effort dans les mêmes conditions.

La fréquence de nettoyage de votre tenue varie donc en fonction à minima de votre taux de sudation. Ce qui est important c’est que votre tenue soit dépourvue d’odeur à part celle de la lessive ou de l’assouplissant et également qu’elle ait sa couleur d’origine, tous les hakama ne sont pas noirs.

Egalement tout doit être lavé et pas seulement la veste du kimono. Toutes les parties du corps transpirent. Le pantalon du kimono absorbe, tandis que le hakama nettoie le tapis. Lors d’entrainements intenses, les hakamas et les ceintures, absorbent également l’humidité dégagée par le corps. Il est donc important de les laver régulièrement.

Un autre point très important est de tout sortir de votre sac dès que vous arrivez chez vous. Les éléments de la tenue qui ne sont lavés devront être aérés afin de garantir leur fraicheur.

Il faudra aussi penser à aérer, nettoyer et désinfecter votre sac très régulièrement.

Pour finir, faisons un petit retour aux sources chez les samouraïs.

Lorsqu’ils allaient au champ de bataille, les samouraïs veillaient à avoir une tenue impeccable en tous points. Les kimonos, les fundoshi (souvêtement) qu’ils portaient sous leur hakama, tout était impeccable de propreté. Le Japon depuis les temps anciens, et c’est encore vrai aujourd’hui est le pays de l’Honneur. Dans le contexte de la guerre il ne fallait pas ajouter à la défaite le déshonneur d’être sale.

La propreté fait partie de l’attitude, je prends soin de moi, je me respecte et je respecte mes partenaires d’entrainement.

Je profite de l’occasion pour faire un clin d’oeil à mes amis d’Abidjan et de Dakar qui pour moi sont particulièrement exemplaires en la matière. Malgré un environnement plutôt propice à la transpiration et des poussières ambiantes plus que présentes, les kaïkogi sont toujours impeccables et je n’ai jamais été gêné par l’odeur de personne.

Le problème est peut être plus français. Savez-vous que pour les Sud américains les français sont sales et sentent mauvais ?

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N’arrêtez jamais

Comme je l’ai indiqué dans ma présentation, j’ai commencé à l’âge de 12 ans. Adolescent, mon investissement et l’intensité de la pratique s’est intensifié au fil des ans. A 18 ans l’Aikido représentait 50% de tout ce qui m’intéressait dans la vie. Les 50 autres % étant partagés entre la photo, la quête de l’amour et ma scolarité. Pour des questions d’exemplarité vis-à-vis de la jeunesse, je ne vais détailler plus que cela.

 A 24 ans je suis partis à l’armée, j’ai rencontré la mère de mes deux premiers enfants et je suis donc devenu père peu après. Comme beaucoup j’ai cessé la pratique de l’Aikido dans cette phase qui a duré 3 ans. Malgré tout j’y pensais chaque semaine, mais trop pris dans cette nouvelle vie, je restais loin des tapis.

 J’ai finalement repris. Ça a été dur, tant physiquement que physiquement !

 Je m’explique :

          Physiquement car musculairement je m’étais relâché et qu’il a fallu se reconstruire.

          Physiquement car j’avais perdu mes sensations, mon corps avais oublié. Globalement, la tête se souvenait mais le corps avait oublié.

 Il m’aura fallu près de six moi pour me retrouver. Et encore, je vous dis cela sur la base d’un souvenir donc vraiment mesurable !

Trois ans plus tard, la vie se complique : une séparation, un nouveau job et une nouvelle compagne. Et voilà que j’arrête de nouveau. Cette fois ci ça durera 7 ans.

C’est en Afrique que je reviens sur le tapis, avec mes copains de Côte d’Ivoire que je salue. Evidement tout est reperdu, la musculature des cuisses, la souplesse, les sensations, tout quoi …. J’ai la chance à cette époque d’être dans un environnement ou je peux suivre 6 cours par semaines. Je retrouve tout et repars pour la grande quête.

Lorsque je rentre en France, il y a un peu plus de 5 ans aujourd’hui,  je commence les cours chez Toshiro SUGA. Jusqu’ à l’année dernière je travaille très régulièrement en suivant entre 4 et 5 cours par semaines.

L’an dernier, le travail a pris une place très importante et m’a éloigné de nouveau des tapis. Mais cette fois-ci je ne suis pas retombé dans le piège.

Chaque fois que cela a été possible, je suis quand même allé aux entrainements, même mort de fatigue, même enrhumé, même oppressé par ce travail trop présent.

 Et savez-vous ce que j’ai perdu cette fois ci ?

 A part ma ligne rien !

 Nous voilà donc ou je voulais en venir. Le fait de continuer même de manière irrégulière maintient votre musculature, votre souplesse, vos sensations et aussi votre niveau. Alors ….

 N’arrêtez jamais.

Le bavardage ennemi du progrès

La durée moyenne d’un cours est de 1h30, hors stages. En tout cas ici en France !

15 à 20 minutes en début de séance sont réservées à la détente et à l’échauffement. Généralement 5min sont consacrées au retour au calme en fin de cours.

Au final, à quelques minutes près, nous n’avons qu’une heure pour travailler. Je ne tiens pas compte du temps ou assis en seiza nous observons et écoutons le professeur, car c’est un moment d’apprentissage.

Je constate perpétuellement, que la majorité des élèves passent plus de temps à bavarder qu’à pratiquer.

L’Aikido est une discipline dont l’apprentissage passe par l’expérience du corps.

En bavardant les élèves ne fortifient pas leur organisme, ils ne développent pas leur capacité à ressentir ce qu’il se passe en eux et au-delà d’eux. Ils n’automatisent pas les gestes, qui a force de travail deviennent des réflexes inconscients.

Toshiro à l’habitude de faire le parallèle avec le jeune enfant qui apprend à se servir d’une fourchette. Croyez-vous que les explications théoriques et répétées des parents permettent à l’enfant d’acquérir le geste juste plus rapidement ? Non, bien sûr !

Avez-vous remarqué à quel point c’est difficile à apprendre ? Qu’en est-il après 15 ans de pratique ? Lequel d’entre nous doit réfléchir en tenant sa fourchette pour la mettre dans sa bouche sans se piquer le visage ?

Il en est de même en Aikido. Il faut pratiquer, pratiquer et pratiquer encore pour arriver à ce niveau de maîtrise jusqu’à ce que le corps soit capable de fonctionner en pilote automatique.

Pour finir, je voudrais rappeler que c’est la responsabilités des Sampai, les ainés, de monter l’exemple aux kohaï.

Alors, bonne pratique à tous !

Le Salut

Je me suis longtemps demandé le sens de tous ces saluts dans le dojo. Voici la retranscription de ce que Toshiro a bien voulu m’expliquer.

DO : signifie la voie

JO : signifie le lieu, l’endroit mais aussi construire, élever, édifier, mettre en place et également offrir un présent, faire une offrande, sacrifier rituellement.

On comprend alors immédiatement que l’origine est sacrée. C’était le lieu dans lequel les bouddhistes purifiaient le corps et l’esprit.

Il faut revenir à -2700 ans avant le calendrier moderne pour comprendre :

L’ile de Kyushu constitue le Japon de l’époque. Le seigneur de l’Ile maltraite son peuple. Le Déesse Soleil (au Japon le soleil est féminin) envoie alors sur Terre 2 divinités pour libérer les hommes de son emprise. Les temples de Kashina et Katori ont été édifiés en l’honneur de ces deux divinités.

Ces deux divinités sont devenus les symboles des arts martiaux.

Au 4ème siècle, les Chinois et les Coréens tentèrent d’envahir le Japon. A cette époque il n’y avait pas d’armée professionnelle. Ce sont les paysans qui ont défendu la nation. Les paysans ont prié Kashima de les guider vers la victoire et ils ont repoussé les envahisseurs et aussi pour qu’ils reviennent seins et saufs. Dès lors et jusqu’à la seconde guerre mondiale dans les Do Jo destinés aux arts martiaux il y avait sur le kamiza une représentation du temple de Kashima  La reddition du Japon en Septembre 1945 a changé partiellement cette coutume.  Aujourd’hui, généralement nous retrouvons sur le mur d’honneur les idéogrammes des disciplines et/ou les photos des fondateurs.

Pour revenir aux saluts dans nos DOJO :

Lorsque nous entrons, nous saluons le Divin et le remercions par avance pour ce que nous allons recevoir.

Lorsque que les élèves en seiza saluent avec l’enseignant en direction du kamiza ils saluent le Divin. Personnellement je l’implore d’éclairer mon étude.

Lorsque les élèves salut le professeur il le remercie pour ce qu’il va leur transmettre ou pour ce qu’il leur a transmis, selon s’il s’agit du salut en début ou en fin de cours.

Lorsque le professeur salut les élèves, il les remercie pour ce qu’il a reçu ou va recevoir, car lui aussi s’enrichie de l’échange. Il y a un véritable échange. Aujourd’hui nous dirions un échange gagnant/gagnant.

Lorsque l’on quitte le DOJO on salut à nouveau en remerciant le Divin pour nous avoir permis de recevoir cet enseignement et ne pas nous être blessé.

Pour terminer je voudrais ajouter un commentaire personnel sur le retard. J’ai remarqué que Toshiro ne se formalise pas lorsque des élèves sont en retard retards à ses cours. Très respectueux quand cela m’arrivait les premiers temps je me présentais la tenue bien ajustée devant le tapis et attendais immobile, son invitation. Il s’est fâché plusieurs fois me disant de me dépêcher de venir travailler sans perdre plus de temps. Puis il marmonnait quelque chose que je ne comprenais jamais vraiment mais qui ressemblait à tu régleras tes comptes avec….

A votre avis qu’est-ce que cela signifie ?

J’ai réussi mon premier Ikkyo

Hier soir j’ai vécu un grand moment d’Aïkido, j’ai réussi mon premier Ikkyo.

Pour ceux qui ne sont pas familiers avec nos techniques, Ikkyo est la technique de base, la première qu’on enseigne au « nouveau », la première qu’on demande aux examens.

Je l’ai réussi « parfaitement » pour la première fois alors que j’ai dû la pratiquer des milliers de fois.

J’était en « visite » dans mon club d’origine. La consigne était tachiwaza Aihamni katatedori Ikkyo omote. Je pratique avec mon vieux complice Armindo avec qui j’ai passé mon deuxième DAN. Armindo est un artisan du bâtiment, il manipule des plaques de plâtre toute la journée c’est vous dire la force qu’il a. Mais il est souple et chute très bien. Avec lui je n’hésite pas à envoyer car il sais parfaitement se protéger.

Je suis la consigne une dizaine de fois et pratique la forme directe du mouvement. Ca passe bien, Armindo suit bien, la technique est souple et efficace. L’envie de jouer me prend. Il attaque et je change la forme. Je pivote, je laisse passer l’attaque et je rentre mon Ikkyo omote à la Toshiro.

D’un coup je sens ma main qui coupe dans l’air sans aucune résistance pourtant je sens toujours les doigts d’Armindo sur mon poignet. Mon regard qui était plus ou moins dans le vide devant moi, se concentre sur le haut de son corps. Je le vois descendre tête la première vers le sol. C’est trop tard je ne peux plus rien faire. Son visage percute le sol et le reste du corps suit.

Armindo qui va très bien a décrit que ses pieds avaient perdu contact avec le sol. C’est tout ce qu’il a senti.

Il me faudra peut être pratiquer 1000 Ikkyo pour en faire un 2ème comme ça, mais croyez moi je voudrais m’y mettre maintenant tellement j’ai hâte de sentir cela à nouveau.

Pour une fois tout s’est aligné, le temps, la distance et les énergies. C’était fantastique, enfin pour moi !